Le coach et l’astronaute

Écrit par: Bruno Ouellette

Intervenant à l’Institut de leadership en gestion, Coach exécutif, catalyseur de changement et conférencier

Lorsque vous réunissez dans une même salle à Toronto plus de 150 des meilleurs athlètes et espoirs canadiens qui feront partie de l’équipe canadienne lors des prochains Jeux olympiques à Rio de Janeiro en 2016, en plus de 50 des meilleurs entraîneurs au monde, vous souhaitez leur laisser un message qui marque afin d’inspirer de grands accomplissements. Le comité olympique canadien avait choisi l’astronaute Chris Hadfield pour réaliser cette mission. J’ai eu l’occasion d’assister à la conférence qu’il a donnée et celle-ci m’a inspiré quelques idées percutantes et fondamentales pour ceux qui souhaitent décoder les meilleurs moyens d’optimiser le potentiel humain et de faire du coaching. Si le coaching est un sujet qui vous passionne, alors permettez-moi maintenant de faire le lien entre la sagesse de cet astronaute canadien accompli et vos défis de mobilisation de vos équipes et de développement du talent dans vos organisations.

Trois messages livrés par Chris Hadfield m’ont particulièrement marqué :

1. Diminuer les standards quotidiens de victoire : Bien que le rêve ultime (dès l’âge de 9 ans) de cet astronaute accompli fût de marcher un jour sur la lune, il aura réussi à vivre dans l’espace plus de six mois, mais surtout de faire le tour de la planète Terre plus de 2 600 fois. Il a mentionné que dans sa jeunesse, ce rêve n’était pas seulement difficile, il était impossible, car personne ne l’avait encore fait. Ce qui est intéressant est la perspective qu’il a adoptée pour réaliser son rêve. Il mentionne avoir diminué ses standards quotidiens reliés à la notion de victoire. Pour lui, il importe de remarquer les petits progrès et les petites victoires atteignables quotidiennement. C’est le sentiment de progresser qui aide à bâtir sa confiance et maintient l’engagement envers le rêve ultime.
Cette capacité à remarquer et à souligner les petites victoires quotidiennes fait référence à plusieurs études en psychologie organisationnelle qui expliquent la motivation humaine. Dans un livre percutant publié il a quelques années, Teresa Amabile et Steven Kramer ont très bien expliqué et illustré le principe du progrès (http://progressprinciple.com/). Leurs recherches indiquent que le motivateur le plus puissant pour maintenir l’effort et bâtir la confiance est de recevoir une rétroaction quotidienne positive qui indique le chemin parcouru vers un objectif précis. Chris Hadfield incarne cette notion du principe du progrès et surtout pratique cette capacité à évaluer le chemin parcouru afin de mesurer la distance entre son objectif et le moment présent. Le gestionnaire qui souhaite être et devenir coach aura avantage à mettre en place des mécanismes de rétroaction réguliers.

2. Visualiser et imaginer les pires scénarios : Si certains défenseurs de la motivation vous suggèrent de seulement visualiser le positif et votre réussite, Chris Hadfield suggère plutôt de vous préparer au pire et de visualiser vos échecs afin d’inventer et d’imaginer les solutions les plus créatives qui vous permettront de vous en sortir lorsque vous ferez face aux obstacles les plus improbables.
Toutes les grandes organisations et leurs équipes de direction s’accordent du temps pour réaliser des exercices de planification stratégique. L’idée même d’une vision est d’imaginer concrètement l’image du succès ultime. Il est tentant et souvent plus énergisant d’accorder une attention aux éléments positifs et de visualiser le succès et l’atteinte des objectifs visés. Chez plusieurs des clients où j’interviens, nous cherchons à équilibrer le positif et le négatif dans les exercices de planification afin de prévoir les facteurs qui pourraient nuire à l’accomplissement. L’un des outils de gestion les plus puissants utilisé dans plusieurs organisations est le prémortem. Robert Sutton et Huggy Rao, professeurs à l’Université Stanford présentent de façon percutante ce concept dans le livre Scaling Up Excellence (http://scalingupexcellence.com/). L’exercice est simple et permet à de petits groupes d’imaginer d’avance tout ce qui pourrait ne pas fonctionner et tout ce qui pourrait nuire à un plan, un projet ou une initiative de changement de se réaliser. Le gestionnaire-coach aura donc avantage à se permettre d’explorer avec ses employés autant le pire que le meilleur scénario.

3. Entraîner l’agilité : Pour se préparer à aller dans l’espace, un astronaute simule et pratique toute les situations potentielles qui pourraient se produire. Chris Hadfield mentionne cependant que peu importe votre préparation, aucune simulation ne pourra reproduire exactement la réalité. Il a donné l’exemple du moment lorsqu’il est sorti de la navette pour sa première marche dans l’espace. Son cerveau s’est arrêté un instant et un émerveillement puissant l’a paralysé. Cependant, ces centaines sinon milliers d’heures d’entraînement lui ont donné l’agilité nécessaire afin de poursuivre son but ultime et surtout d’accomplir sa mission avec succès.

L’un des sujets tendance à l’heure actuelle est celui d’accélérer le développement du talent. Bien que l’idée soit séduisante, elle représente aussi notre relation avec le temps où nous avons l’impression que tout est urgent. Alors que faire pour entraîner l’agilité et développer le potentiel? J’ai travaillé avec certains des meilleurs athlètes du monde depuis plus de 25 ans et la recette est bien comprise par les scientifiques et le milieu sportif et par tous ceux qui aspirent à l’excellence. Geoff Colvin (http://geoffcolvin.com/books/talent-is-overrated/) a fait un excellent résumé des principes qui favorisent les performances de haut niveau et surtout la capacité d’adaptation. Le but de l’entraînement, des projets pilotes, des simulations et de l’expérience demeure l’amélioration et l’apprentissage continus. Dans les organisations, c’est l’expérience quotidienne qui représente concrètement les opportunités d’entraînement et d’apprentissages. Plusieurs articles d’Amy Edmondson (https://hbr.org/2011/04/strategies-for-learning-from-failure), professeure de leadership à la Harvard Business School souligne l’importance cruciale de créer des environnements de travail dans lesquels les personnes peuvent apprendre de leurs erreurs. Chris Hadfield (http://chrishadfield.ca/) représente un très bon exemple de quelqu’un dont l’intérêt et la curiosité ont permis d’atteindre des niveaux d’excellence et d’agilité exceptionnels.

Pourquoi je vous ai raconté tout cela? Simplement pour nourrir votre esprit des meilleures idées et pratiques qui favorisent l’utilisation du plein potentiel humain. Tout ceux dont le sujet du coaching intéresse auront avantage à faire la lecture de son livre « Guide d’un astronaute pour la vie sur Terre ».